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Mémoires vives

51WKAxzjyIL._SX195_.jpg : « Mémoires vives » d'Edward Snowden

Depuis ses révélations en 2013, j’ai toujours été fasciné par Edward Snowden que je considère comme un héros, quelqu’un qui à sacrifié énormément pour le bien commun. J’avais déjà vu énormément de vidéos et d’interviews à l’époque, mais lire ce livre permet d’avoir une vue plus globale sur ce qu’il lui a fallu endurer et être prêt à faire.

Mémoires vives est d’abord l’autobiographie d’Edward Snowden. Plusieurs passages m’ont fait sourire et si d’autres semblent anecdotiques, je pense qu’ils permettent de mieux saisir la suite du texte ainsi que d’expliquer au moins en partie ce qui l’a poussé à agir comme il l’a fait. Certains passages permettent aussi à Edward d’insister sur son patriotisme et celui de sa famille, je suppose que le but est de répondre à ceux qui ont estimé qu’il a agi contre les États-Unis d’Amérique.

On passe ensuite à une partie qui pourrait faire penser à un roman d’espionnage saupoudré de quelques explications. Je n’ai pas l’impression que le propos soit complexe à comprendre, même pour une personne qui n’a jamais entendu parler de cryptographie ou de déduplication. Comment faire fuiter des informations lorsque cela met votre vie en jeu et que la sécurité informatique risque à tout moment de vous dénoncer, comment dénoncer un complot mis en place par vos supérieurs hiérarchiques lorsque ceux-ci peuvent à tout moment vous faire enfermer à vie… on a là tous les ingrédients d’un parfait polar ! Parmi les explications, le chapitre 16 permet de relativiser les affaires Huawei (Incroyable les Chinois nous espionnent !!!) alors qu’on devrait tous être conscients que lorsqu’on achète une technologie réseau étrangère, qu’elle soit chinoise, américaine ou autre, on ne fait évidemment que choisir qui nous espionnera (rien de révolutionnaire dans ce propos mais je trouve cela intéressant de le souligner tout de même).

J’apprécie qu’à la fin du livre (avant-dernier chapitre) la parole soit donnée à Lindsay Mills, la petite amie d’Edward Snowden au moment des révélations. Avoir son ressenti des événements, savoir ce que la situation a impliqué pour elle, me semble très intéressant. Dans ce chapitre et le suivant, j’ai trouvé plusieurs passages particulièrement émouvants.

D’un point de vue littéraire, rien de bien extraordinaire, quelques tournures de phrases sont alambiquées, probablement des traductions un peu hâtives, mais dans l’ensemble ça se lit vite et facilement.

En 2013, j’étais honteux de constater que mon gouvernement n’avait pas proposé l’asile à Snowden (si la loi ne le permet pas, il faut changer la loi pas se cacher derrière cette excuse !), j’ai toujours estimé qu’un président américain qui ne gracie pas un tel citoyen ne peut pas être considéré comme bon. Un peu moins de 10 ans après avoir fait la une de tous les journaux pendant des jours, je suis surpris et un peu déçu de constater que beaucoup de monde a oublié qui est Edward Snowden (j’ai fait le test dans mon entourage hors informaticiens, peu de gens sont capables de me dire de qui il s’agit) alors que pour ma part j’estimerais légitime d’ériger des statues à son effigie, de donner son nom à des rues et des bâtiments (comme Aaron Swartz ou Alexandra Assanovna Elbakyan d’ailleurs).

Mon avis sur cette autobiographie est donc probablement un petit peu partial. Je m’en vais de ce pas montrer à mes fils Citizenfour, le film documentaire de Laura Poitras sorti en 2015.

Autobiographie d'un poulpe et autres récits d'anticipation

CVT_Autobiographie-dun-poulpe-Et-autres-recits-dant_4820.jpg : «  Autobiographie d'un poulpe et autres récits d'anticipation » de Vinciane Despret

Roman épistolaire mettant en scène l’émergence de nouvelles disciplines scientifiques, comme si l’éthologie se diversifiait suite à la compréhension de langages d’animaux et la "littérature" qui s’ouvre alors à nous.

Le style semble assez proche de ce que peut être des mails, des notes, des courriers ou autres discours d’ouverture de congrès, ce qui aide à s’immerger dans le propos et lui donne une certaine crédibilité.

Hélas, trois points me semblent plutôt gênants : 1. il n’y a pour ainsi dire aucune différence de style entre les différents textes pourtant très divers 2. Le roman étant court, tous les textes qui le composent sont intégralement et uniquement explicatifs, il manque de quotidien et enfin, 3. dans la dernière partie, avec les poulpes, l’ajout d’un lien entre humains et animaux me semblent superflu et éloigne le texte du style hard-science que j’avais apprécié jusqu’alors.

Un roman dont j’aime pourtant énormément l’idée principale.

Le messie de Dune

CVT_Le-cycle-de-Dune-tome-2--Le-messie-de-Dune_9834.jpg : « Le messie de Dune » de Frank Herbert

L'écriture de Frank Herbert est un délice mais me semble parfois un peu exigeante. Certains points, parfois implicites, peuvent avoir de grandes conséquences, il est nécessaire de rester bien concentré lors de la lecture (sans parler des termes spécifiques à cet univers, qui ne me gênent pas particulièrement et qui participent, à mon avis, au dépaysement d'un séjour sur Arrakis).

Le messie de Dune est un peu trop court à mon goût, non pas que j'aurais aimé une fin plus longue, c'est un peu plus de contexte que j'aurais apprécié. Dès le début du récit, nous nous retrouvons au cœur d'une conspiration contre l'empereur et l'ensemble des pièces du puzzle prendront placent au fur et à mesure, jusqu'à la fin qui me semble être une parfaite conclusion.

Herbert développe très bien les conséquences que peuvent avoir les dons de prescience de Paul (j'adore ce passage :

Alia s'approcha de son frère, devinant son absolue tristesse. Elle tendit la main vers une larme qui glissait sur sa joue en un geste empreint d'une émotion purement fremen.
« Nous ne devons point pleurer ceux qui nous sont chers avant leur trépas. »
« Avant leur trépas, murmura Paul. Dis-moi, petite sœur : que signifie avant ? »

) mais détaille peu les raisons et conséquences de son djihad, les actions que Paul a fait pendant ses premières années de règne, difficile alors de s'attacher à l'empereur pendant une grosse partie du récit. Du moins, c'est l'impression que j'ai eu, peut-être ai-je simplement sauté une ligne… Une relecture serait peut-être à envisager… ça ne me dérangerait pas, ce qui est rare

À dos de crocodile

41d2zZdIqbL._SX195_.jpg : «  À dos de crocodile » de Greg Egan

J'aime énormément le style de Greg Egan et les questions philosophiques dont ses ouvrages sont constellés. Quelques passages ici me donnent l'impression d'être seulement une démonstration de connaissances en crypotgraphie quantique, ce qui me semble alourdir le court texte inutilement. Les questions soulevées me semblent très stimulantes, les personnages et les idées intéressants

Hallelujah bordel !

91v56ADSX0L.jpg : « Hallelujah bordel ! » de Jérémy Ferrari

Un peu court mais joli et corrosif. J'ignore si une personne n'ayant pas vu le spectacle « Hallelujah bordel » peut vraiment apprécier la lecture de ce sympathique complément mais pour ceux qui comme moi ont adoré le spectacle c'est une délicieuse petit friandise

Expiration

3178nH2i9OL._SX195_.jpg : « Expiration » de Ted Chiang

Difficile de faire une critique unique pour ce recueil de neuf nouvelles si différentes. Évidemment, certaines m'ont plus touché que d'autres, certaines m'ont invité à la réflexion, d'autres m'ont fait voyager.

Il est indéniable que Ted Chiang maitrise son art : quand il prend pour cadre les Milles et une nuit, le style est parfaitement imité ; lorsqu'une technologie futuriste est introduite, différentes implications sont développées ; lorsqu'une technologie ou un comportement pose question, il est nécessaire de prendre un peu de temps pour réfléchir à son propre positionnement ; etc.

« La nurse automatique brevetée de Dacey » et « Vérité du fait, vérité de l'émotion » m'ont particulièrement intéressé. « Le grand silence » m'a moins touché, le sujet traité me semblant trop évident.

Scarlett et Novak

51rj17VKTgL._SX195_.jpg : « Scarlett et Novak » de Alain Damasio

La plume de l'auteur est un scalpel, les mots sont parfaitement choisis pour un récit efficace et prenant. Pour le propos, le scalpel laisse place à la hache, un travail moins délicat. Si je ne peux qu'être en phase avec l'idée générale, j'aurais éventuellement préféré un texte deux fois plus long pour y trouver plus de nuances. Une nouvelle uppercut à lire lorsque le réflexe numérique redevient trop omniprésent, comme une petite claque pour rester éveillé

Dors !

J’ai pour projet de faire un court-métrage. J’avais fait une tentative avortée en 2011, ne maîtrisant pas suffisamment Blender pour obtenir ce que j’espérais. Je relance le projet en 2021. Voici l’évolution du travail, ce billet grandira au fur et à mesure de l’évolution.

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Dans la tête d’un mathématicien

51I8i65mbgL._SX195_.jpg : « Dans la tête d’un mathématicien » de Pierre-Louis Lions

Une pensée claire, un style simple et bien structuré qui rend la lecture agréable. Écrire une autobiographie pour mettre en avant le travail collectif et tenter d’expliquer que malgré les prix prestigieux vous n’êtes en rien une personne hors du commun est un exercice d’équilibriste difficile. Pierre-Louis Lions réussit plutôt bien l’exercice, à grand coup d’anecdotes, descriptions de scènes auxquelles tout le monde pourra s’identifier et un saupoudrage de best of de petites vannes. J’ai commencé la lecture à voix haute dans la voiture pour remplacer la radio, ma femme qui conduisait et mon adolescent ont été captivés, le livre semble donc avoir une audience potentielle éclectique. Une fois la lecture terminée on apprécie la bonhomie de l’auteur et on peut comme moi apprécier certaines de ces propositions, toutefois, je ne suis pas certain que j’en retirerai beaucoup plus. Je ne suis pas certain que l’auteur en attendait plus, non plus…

Printeurs

printeurs-version-ludomire.jpg : « Printeurs » de Lionel Dricot

En seulement 2 ou 3 très courts chapitres, je suis complètement happé, la plume est particulièrement efficace, les thèmes abordés m’intéressent et sont développés de façon pertinente (surveillance, manipulation de la publicité, impacts des révolutions technologiques,…). J’ai lu l’ensemble du livre très rapidement, incapable de m’arrêter.

Bien que passionnant, deux points m’ont gêné : le personnage principal Nellio semble uniquement suivre les événements et sa compréhension semble en permanence en retard sur le récit, il est alors difficile de s’attacher à lui. Surtout, et c’est le second point, pendant quelques chapitres, il tente d’obtenir une réponse qui permettraient au lecteur d’avancer dans la compréhension et celle-ci semble retardée artificiellement par des interruptions.

Un premier roman dont certains chapitres me semblent être de passionnantes fulgurances éclairées et éclairantes, d’autres un peu moins subtils alourdissent hélas quelque peu le message.

Un livre dont j’aime avec passion les thèmes, un style littéraire que j’apprécie beaucoup, quelques inégalités dans la narration.

La Quantique autrement

51d0WMI2bgL._SX195_.jpg : «  La Quantique autrement » de Julien Bobroff : Garanti sans équation 

Avez-vous déjà joué à Taboo ? Vous devez faire deviner un mot à vos amis, sans dire les 5 ou 6 indices qui seraient pourtant bien pratiques mais listés donc interdits… J'ai eu, à quelques passages, l'impression que Julien Bobroff jouait à Taboo en écrivant ce livre « garanti sans équation ! » et qu'une explication suboptimale aurait pu être remplacée par un où deux gros mots scientifiques. Des conférences grand public, des articles dans la presse (The Conversation, La recherche,…), de petites vidéos sur Twitter, des livres, un site web de référence (toutestquantique.fr), Julien Bobroff partage, avec le grand public, sa passion pour la quantique sous toutes les formes possibles et imaginables. Il réussit ainsi à toucher un maximum de gens et chacun prend alors plaisir à découvrir et/ou redécouvrir la quantique depuis le format qui lui convient le mieux. En tant que technicien dans un laboratoire de recherche, j'étais la cible parfaite pour «  Mon grand mécano quantique », que j'avais en effet trouvé parfait, la narration plus littéraire de certains passages de « La quantique autrement » sont un tout petit peu moins en phase avec moi mais seront probablement parfaitement adaptés à bien d'autres lecteurs.

J'insiste : légèrement déphasé, aucunement en opposition de phase, car si je n'ai pas trouvé le livre aussi parfait que le précédent, je le trouve tout de même très bon !

J'ai été passionné par le chapitre 4 sur la représentation des atomes, sujet qui mériterait, selon moi, un colloque, les états généraux, un grenelle ! J'aimerais tellement que ce point soit développé encore plus, avec bien plus de dessins, des croquis, des vidéos, des fichiers et scripts libres de droit pour que chacun puisse modéliser des atomes avec Blender, Inkscape, After Effects et autres, que les producteurs de contenus puissent s'approprier et détourner une représentation physiquement beaucoup plus juste de l'atome. Plus une représentation pertinente sera diffusée largement, plus il y a de chance pour que celle-ci devienne la représentation mentale par défaut… Bref, un chapitre qui m'a touché ! D'ailleurs ça tombe bien, comme pour les autres, on retrouve une bibliographie en fin d'ouvrage, cela me donnera de quoi réfléchir encore un peu.

J'ai adoré un grand nombre d'illustrations qui aident à la compréhension rapide de certains points (en particulier le principe d'incertitude, que je n'avais jamais aussi clairement saisi), d'autres m'ont semblé là uniquement à titre décoratif, comme s'il fallait que leurs dispositions soient homogènes dans l'ouvrage.

J'ai également adoré les explications à propos de l'ordinateur quantique, c'est probablement la première fois que j'ai l'impression d'y comprendre quelque chose et surtout c'est la première fois que je comprends pourquoi il s'agit de l'arlésienne de l'informatique.

J'ai aimé le mini tacle contre la médecine quantique.

Si je n'ai pas forcément adoré toutes les tournures, j'ai quand même l'impression d'avoir fait quelques pas de plus vers la compréhension de la quantique.

Curiosités philosophiques

curiosites.jpg: « Curiosités philosophiques » de Thibaut Giraud (alias Monsieur Phi)

Dans Link's awakening[1], une fois trouvée la carte du donjon exploré, tout semble enfin clair. J'ai eu la même sensation avec « Curiosités philosophiques » : j'ai trouvé une carte du donjon Philosophie ! Chaque chapitre se termine par une liste d'ouvrages, incitation ou plutôt invitation à la lecture, fil d'Ariane du labyrinthe que peut parfois sembler être la philosophie pour le néophyte (que je suis).

J'ai eu la chance d'avoir un professeur de philosophie[2] qui insistait fortement sur les fondements scientifiques de la discipline, ses cours m'avaient vraiment intéressé. Ici, ce point m'a semblé plus limpide encore (surtout avec les explications sur la distinction entre philosophie continentale et philosophie analytique). Si seulement j'avais eu « Curiosités philosophiques » en guise d'introduction au cours de terminale, j'aurais probablement plus apprécié mes cours encore, j'aurai peut-être même compris l'intérêt de la lecture d'auteurs comme Bertrand Russell[3] ou Peter Singer[4] avant mes 25-30 ans, ce qui m'aurait fait gagner un temps fou.

Les philosophes s'appuient sur les idées de leurs prédécesseurs, de la même façon, la narration allant de Platon à Russell de façon chronologie, les chapitres s'appuient sur les concepts abordés dans les chapitres précédents. Ici les thèmes ne sont pas seulement évoqués superficiellement (comme je l'avais regretté par exemple dans « Des philosophes et des héros »[5] ), on plonge vraiment dans les extraits de textes, les explications y sont bien développées mais restent abordables, l'équilibre me semble parfaitement adéquat. La lecture est tout de même un peu exigeante si les digressions vous empêchent de suivre un propos, les notes de bas de pages étant tellement nombreuses et follement étoffées qu'on peut parfois se demander si l'auteur ne s'est pas laissé emporté par une déraisonnable lubie ou un étrange « cap pas cap ».

Le chapitre consacré à John Stuart Mill m'a particulièrement impacté. J'ai eu il y a quelques temps, des discussions à propos du bonheur avec des collègues. Ils soutenaient qu'un imbécile est plus heureux qu'un érudit car il s'encombre moins de questions anxiogènes[6]. J'estimais la question plus complexe et indiquais mon désaccord, mes arguments étaient exactement ceux exposés dans le chapitre, ma capacité à les expliciter de façon intelligible l'était beaucoup moins. Après réflexion, je suis content de cette chronologie car cela m'a permis de réfléchir à la question avec mes propres connaissances, tenté de les formuler et me rendre compte de mes lacunes, cela a certainement rendu la lecture plus percutante. Dans une chronologie inverse, la lecture m'aurait semblé d'une évidente banalité et lors de ma discussion, aurais-je argumenté avec mes propres pensées où aurais-je simplement recraché celles de Mill ?

Ce livre est à la philosophie ce que le guide du castor junior est pour les neveux de Donald, une fois lu, on a envie de replonger encore et encore, au hasard des chapitres, tant il semble apporter une vulgarisation intéressante à propos de tout (pour le « guide »), la philosophie (pour « curiosités »).

Notes

[1] Jeu Gameboy que j'ai aimé faire et refaire, adolescent

[2] Au lycée

[3] Philosophe que j'adore lire, que j'ai découvert grâce à une interview sous-titrée et partagée par Christophe Michel sur sa chaîne Hygiène mentale simultanément au conseil de lecture d'un collègue (Logicomix, que je vous conseille à mon tour)

[4] Philosophe dont je n'ai rien lu pour l'instant mais dont plusieurs ouvrages sont dans ma liste de livres à lire depuis quelques temps déjà

[5] de Thibaut de Saint Maurice

[6] d'ailleurs ne dit-on pas « un imbécile heureux »

« Corriger automatiquement vos dernières commande shell avec TheFuck » dans Linux Pratique 122 (Novembre-Décembre 2020)

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Un article à propos de The Fuck, petit script que je trouve bien sympathique pour corriger automatiquement la commande précédente.

J’ai toujours eu carte blanche pour mes articles, je glisse souvent de petites références (le plus chouette étant probablement Linux Essentiel 36). Pour LinuxPratique 122, j'y suis pas allé avec le dos de la cuillère 😁

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Vous pensez que Lionnel ou Alexandre Astier dédicacent les magazines de presse informatique 😂 ?

Le petit polémiste

31zv4pbE17L._SX195_.jpg : « Le petit polémiste » de Ilan Duran Cohen

J’ai été très intéressé par Ilan Duran Cohen lors de son interview Nos pensées seront-elles bientôt jugées ? sur France Culture. J’ai trouvé son propos juste et sincère. J’ai aussitôt ajouté son roman à ma liste de livres à lire et je ne regrette pas du tout.

Une satire drôle et grinçante. L’auteur s’amuse à pousser tous les curseurs à fond pour rendre insupportables des combats légitimes (féminisme, réchauffement climatique, réattribution sexuelle,…), ce qui laisse difficilement indifférent ! La société décrite ici est anesthésiée par la surveillance, la délation et la bien-pensance, chacun est obnubilé par sa note sociale, chaque écart est sanctionné par une masse citoyenne légitime mais mortifère. Twitter IRL. Ajoutez un procès et une administration kafkaïens, des gamins un brin irrévérencieux (je pensais aux Malaussène en lisant certains passages), un algorithme omnipotent à la Jean Baret, le mélange est détonnant, passionnant et malin.

OSS 117 : Gâchis à Karachi

41CbcEBwYaL._SX195_.jpg : « OSS 117 : Gâchis à Karachi » de Jean Bruce

Juste après Vie™ puis Dune et juste avant Le petit polémiste, je vous mentirais si j’écrivais avoir été bouleversé par ma lecture de « OSS 117 : Gâchis à Karachi ».

Comment ai-je pu ignorer complètement l’existence d’une si grosse série de livres alors que 250 volumes sont disponibles ? Je ne me l’explique pas. Avant d’en lire les premiers chapitres, j’ignorais même que l’humour décalé n’était pas une caractéristique de OSS 117 mais spécifique aux adaptations cinématographiques de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin. Quand j’ai compris qu’il s’agit d’un roman de gare d’espionnage sans ambition littéraire autre que divertir, j’ai été, je l’avoue quelque peu déçu. Je n’estime pas que les romans de gare sont mauvais, je n’en suis juste pas la cible.

J’ai trouvé que tout manquait de passion : les intrigues et les enjeux laissent de marbre, les personnages sont très sommaires et caricaturaux, même le sexe n’est aucunement excitant, les retournements de situation tombent plutôt à plat,…

Un roman qui se lit vite et sans ennui, mais qui n’émeut aucunement, à réserver aux amateurs du genre

Dune

Dune-Edition-collector-traduction-revue-et-corrigee.jpg : « Dune™ » de Frank Herbert

Je n'ai rien compris au Dune de David Lynch quand, adolescent, je l'avais loué en VHS. J'étais tombé sous le charme d'une bande annonce de la série de John Harrison sans vraiment cherché à en voir plus. Il y a quelques années, un ami souhaitait se débarrasser de l'intégrale des livres de poche, à l'approche d'un déménagement, je les avais récupérés avec la conviction de ne jamais les lire mais refusant de vraiment lâcher l'affaire. Dune, j'ai passé ma vie à passer à côté et pourtant il m'a toujours intrigué. Et dernièrement, j'ai été subjugué par la passion complètement folle de « Jodorowsky's Dune », puis par les premières visuels de « Dune, le Mook » puis les premières photos du film de Denis Villeneuve. Il faut que je lise ce bouquin, cette relation étrange à distance ne peut plus durer ! Il est tard mais je lis les deux premières pages, je ne comprends rien, la fatigue peut-être, je retenterai demain… Deux pages, dans ma tête, puis à voix haute, rien à faire, je ne saisis rien, dois-je vraiment persévérer ? Des adolescents lisent ce livre sans difficulté, il ne devrait pas y avoir de raison pour que je ne puisse pas le lire ! J'insiste, tout prend alors sens et c'est déjà très riche. Tout un univers est décrit en seulement quelques pages, la qualité d'écriture est hallucinante. À la fin de ce premier chapitre, la dernière phrase me donne irrésistiblement envie de continuer ma lecture, je suis transporté sur Arrakis, je suis déjà attaché aux personnages ! Un court chapitre aura été suffisant pour développer mon accoutumance à l'épice.

Demain sort une version collector chez Robert Laffont, avec une nouvelle traduction de Michel Demuth, une préface de Denis Villeneuve et Pierre Bordage. Je viens de finir ma lecture mais je sais que je serai dès demain à la librairie pour en réclamer un exemplaire. Dune est un petit chef d'oeuvre que j'ai envie de partager avec mes proches.

Vie™

41uMDKYD7IL._SX195_.jpg : « Vie™ » de Jean Baret

Vie™ c'est un peu comme si Nietzsche avait écrit, avec l'humour trash et cynique des auteurs de Rick & Morty, un remake de Matrix pour critiquer avec véhémence nos comportements en ligne.

Vie™ est répétitif comme une journée de la marmotte, outrageusement exagéré sur la forme comme le fond et met le doigt là où l'algorithme fait mal.

Vie™ est bourré de références dans tous les sens (V pour Vendetta, Ulysse 31, Total Recall, La petite maison dans la prairie,…) que ce soit pour quelques mots ou plus d’un chapitre, il y en a dans tous les sens.

Vie™ est parfois tellement dingue que j'avais envie de balancer cette grosse blague par la fenêtre et le chapitre suivant j'avais envie de recouvrir chaque mot de surligneur et d'en faire l'éloge auprès de tous ceux qui m'entoure.

Vie™ est une critique acerbe de nos travers, de notre consommation perpétuelle de distractions, de nos comportements formatés sur les réseaux.

Vie™ était vivement conseillé par Simon Riaux et Nicolas Martin dans De la SF plein la valise, dernier épisode de La méthode scientifique 2019-2020. Après avoir apprécié Bonheur™ j'ai dévoré Vie™ et je n'ai pas regretté de suivre ce conseil de lecture.

Partagez et likez cette critique, c'est important pour que l'algorithme me donne de la visibilité !

Il y a un robot dans le jardin

CVT_Il-y-a-un-robot-dans-le-jardin_7552.jpg : « Il y a un robot dans le jardin » de Deborah Install

J’avais envie d’être gentil dans ma critique parce que je trouvais l’idée de base mignonne : un loser qui tente de faire réparer un robot au comportement d’enfant capricieux qui l’obligera à se responsabiliser et se comporter en jeune père. J’ai voulu y croire… au moins quelques chapitres.

Les personnages : Une épouse qui évolue au gré des besoins narratif. Un méchant très… méchant (C’est navrant ! Ce personnage est écrit avec un manichéisme incroyable). Un héros qui passe de « légume » à « imbécile qui ne fait que céder à tous les caprices de son robot ». Et enfin un robot qui n’a QUE les caractéristiques d’un enfant de trois ans. Les autres personnages sont des PNJ (Personnage non-joueur) qui ne servent qu’à envoyer le héros vers le prochain PNJ.

Thèmes : la paternité, l’adulescence, le deuil, l’écoute, le couple ou l’éducation, tous les thèmes sont survolés ou traités de façon naïve. Pour ce qui est de la robotique, le DIY (le robot est fabriqué avec de la récup…), l’intelligence artificielle ou les conséquences sociales de la robotisation des métiers manuels, passez votre chemin, ce n’est pas le sujet.

Style littéraire : Répétitif et plat, aucun sous-texte. Pire, tout est toujours explicité. Exemple chapitre 6 : le narrateur se retrouve sans le comprendre dans un hôtel de passe pour pervers androïdophiles, cela créé un quiproquo qui m’amuse lorsque je repère les quelques indices. Le problème c’est que pendant tout le reste du chapitre de nouvelles situations viendront de plus en plus clairement mettre le doigt dessus, jusqu’à un dialogue où l’on explique clairement la situation pour être sûr que le lecteur, probablement pris pour un débile, ait bien saisi. À part l’auteure QUI PENSE QU’EXPLIQUER SES BLAGUES EST DRÔLE ?

Et puis, c’est inutilement verbeux : « Je me demandai pourquoi Bollinger avait besoin d’un espace aussi grand alors qu’il vivait seul. La réponse ne tarda pas à arriver. “ Vous vous demandez probablement pourquoi j’ai une aussi grande maison pour moi tout seul . Voyez-vous ” »

C’est comme ça tout le temps, ça allonge inutilement le texte sans qu’il ne se passe rien. D’ailleurs en parlant de non événement, c’est le road-trip le moins dépaysant que l’on puisse imaginer. Royaume-Uni, USA, Japon,… rien ne différencie les pays visités. Le narrateur prend l’avion, rencontre une personne qui lui indique une autre personne à contacter, il prend alors un avion pour demandé à la personne suivante qui aller voir… Seul un passage, avec un teckel dans une ville fantôme apporte un peu d’aventure mais tout cela est vite expédié et n’apporte finalement rien au récit.

Traduction : Mettre le texte au passé simple me semble un mauvais choix : « Tang et moi REMONTÂMES l’avenue » ou « Au petit matin, nous FÎMES nos adieux au motel » ? Le style littéraire devrait, à mon sens, refléter l’état d’esprit du personnage, il pourrait même évoluer avec lui au fil du récit… Le passé simple donne un côté soutenu que le prétérit ne me semble pas avoir.

La première chose que j’ai pensé en fermant le livre est : « J’ai perdu mon temps, ce livre ne sert à rien »

V comme Virago

virago.jpg : « V comme Virago » de Aude Gogny-Goubert et Adrien Rebaudo, illustrations de Léna Bousquet  

J’ai aimé les vidéos Virago/ViragINA, j’ai adoré le livre. 70 portraits de femmes, certaines célèbres, toutes trop peu connues. Des personnes inspirantes que l’on devrait célébrer bien plus et dont on devrait entendre bien plus parler en cours ! Ce recueil devrait ne pas exister mais notre société l’a rendu indispensable.

J’avais peur que 70 pages de biographies soit répétitif et laborieux à lire, obligeant à picorer seulement 2 ou 3 pages par jour. J’ai dévoré l’intégralité en seulement trois fois et je sais que je m’y replongerai de temps en temps pour quelques piqûres de rappel. Et pour sublimer le contenu : des pages cousues, pleines de couleurs, des illustrations poétiques, l’édition est vraiment de qualité !

Sur l’ensemble des portraits il n’y en a que deux qui m’ont laissés un peu dubitatif. Je trouve peu inspirante Hildegarde de Bingen (naturopathe canonisée) et je reste dans l’incompréhension à propos du village Umoja (qui me semble faire l’éloge d’un apartheid homme/femme). Mais je retiendrai surtout toutes celles qui m’ont semblé extraordinaires, des femmes passionnantes, des vies incroyables !

En 2014, j’ai voulu faire une série de vidéos de vulgarisation scientifique. L’épisode 3 était intitulé « Les femmes scientifiques » et son propos était proche de l’esprit de « V comme Virago », c’est dire si je suis d’accord avec celui-ci.

Bonheur™

CVT_Bonheur-TM_9487.jpg : « Bonheur™ » de Jean Baret

Deux points à avoir en tête avant la lecture :

  1. Le style est simpliste à l’extrême, exagérément répétitif, envahissant voir même grotesque, à l’image des publicités et des incitations à consommer qui pourrissent la vie des personnages, que l’auteur va jusqu’à prénommer par des marques. Tout le monde n’appréciera pas cette démarche, indubitablement volontaire, parfois un peu extrême, je trouve l’idée plaisante.
  2. Si je n’avais pas été préalablement prévenu que l’auteur aime créer des personnages ambiguës, le livre aurait probablement volé à travers la pièce dès le 9e chapitre (assez tôt dans le récit, puisque les chapitres sont très courts). Jusqu’alors, même si certaines choses me laissaient dubitatif, le personnage principal m’était plutôt sympathique. Je ne m’attendais pas à ce que son comportement devienne aussi dégueulasse et violent envers sa femme, robot programmée essentiellement pour lui sucer inlassablement la bite et s’occuper des tâches ménagères. Ensuite j’ai été surpris de ma réaction, puisque j’éprouvais de la sympathie et de la pitié pour un robot qui ne ressent pas la douleur, programmé pour le plaisir de son propriétaire. De l’empathie pour un grille-pain sexuel ! Même en sachant cela, je continue à détester l’attitude du personnage et à ressentir un malaise. Je pense que ce genre de situation peu rebuter certains lecteurs.

Dans Bonheur™, consommer est un devoir civique. Les publicités et incitations à consommer sont omniprésentes, la police de la consommation vérifie que vous n’avez pas sous-consommé. Les individus sont invités à s’accomplir par la consommation, à vivre pour la consommation. C’est une vision très exagérée de notre réalité mais reste hélas suffisamment proche pour que certaines situations semblent déjà effectives.

Les conflits d’intérêt, la publIcité, l’humour controversé, l’assistance au suicide, les violences et viols conjugaux, les paradis fiscaux, le traitement désastreux des sdf, les fondamentalismes religieux, le mommy-porn, le machisme, tout est abordé et décortiqué sans jamais donner l’impression d’être là sans raison.

L’auteur dénonce la toxicité masculiniste, ce propos est d’ailleurs appuyé par le fait qu’aucun personnage féminin fort n’est développé pendant une bonne part du roman, s’en est tellement exagéré qu’il est impossible que ce soit involontaire. Au début du roman, les personnages féminins sont : un harem, des danseuses de strip-club, une femme robot sexuel et une présentatrice télé à trois seins. Seule la cheffe du héros est non sexualisée, mais après une vingtaine de courts chapitres, son personnage n’est toujours pas développé… J’en arrive alors à douter (j’en suis à un petit tiers du roman), c’est tellement trop, est-ce que je me trompe dans mon interprétation, est-ce que je ne suis pas en train de lire un livre juste odieux… Puis je lis « Toshiba apprécie tout particulièrement ce mélange astucieux d’histoires inventées et d’éléments réels Cette technique permet d’ancrer le livre dans une certaine réalité, ce qui rend la critique sociale plus pertinente. Cependant, il ne parvient pas pour l’instant à déterminer clairement quel est le message de Moody. Heureusement, il n’en a rien à faire. ». Je ne sais pas si Jean Baret, souhaitait vraiment par un passage méta inviter le lecteur à lui accorder sa confiance, mais c’est ainsi que je l’ai compris.

Je n’ai pas regretté. C’est trash, c’est intelligent, c’est une claque !

Je suppose que l’auteur est arrivé à ses fins avec moi, j’ai envie de lire Dany-Robert Dufour

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