Les huiles essentielles… J’ai du mal à savoir quoi en penser. Alors j’ai tenté de trouver des informations fiables…

Je suis tombé sur un document intéressant (il me semble) : Bon usage des huiles essentielles, effets indésirables et toxicologie C’est une thèse de pharmacie (90 pages à lire en diagonal). C’est assez intéressant et invite à bien penser l’usage des HE. Il y a hélas aujourd’hui une vague new-age qui laisse croire que les médicaments sont dangereux et qu’il faut leur préférer des remèdes naturels, en oubliant complètement les notions de bénéfices-risques et la dangerosité des HE. Il y a des précautions énormes à prendre avec les huiles essentielles, beaucoup plus que ce que laissent croire certains gourous de l’HE

On peut lire dans ce document :

« Prenons le cas de l’HE de sauge qui sans autre précision peut désigner celle de Salvia officinalis ou Salvia sclarea. La première est principalement constituée de thuyone neurotoxique et est à l’origine de plusieurs cas de convulsions (Halicioglu et al., 2011), alors que la seconde en est dépourvue et ne présente pas un tel danger. »

« Un fermier indien de 21 ans chargé de nettoyer une citerne ayant contenu de l’huile essentielle de menthe poivrée, a ainsi été retrouvé inconscient au fond de celle-ci. A l’hôpital le jeune homme demeure dans le coma, et souffre de convulsions ainsi que d’une macro-hématurie intermittente Le patient décédera finalement 10 jours après son admission (Kumar et al., 2016) »

« Les réactions cutanées sont les plus répandues compte tenu de l’emploi majoritaire de la voie cutanée en aromathérapie. Ces réactions de plusieurs types sont souvent difficiles à prévenir »

« Les molécules aromatiques peuvent être directement toxiques pour le foie ou alors indirectement via les métabolites produits. Ainsi le menthofurane, composé hépatotoxique, qui est initialement contenu dans l’HE de Mentha aquatica, sera retrouvé à la suite du métabolisme hépatique de la pulégone contenue dans Mentha pulegium. Les coumarines elles aussi peuvent présenter une hépatotoxicité à dose élevée, associé à un effet carcinogène (Lake, 1999). »

« Certaines molécules ont tendance à s’accumuler au niveau cérébral, c’est le cas des cétones comme le camphre, la thuyone (Thuya, Absinthe, Sauge officinale) et la pinocamphone (Hysope) car elles possèdent une forte affinité pour les lipides cérébraux. Ces molécules sont responsables de troubles neurologiques telles que convulsions, agitations, somnolences, crises épileptiformes. »

« On évitera autant que possible d’employer des HEs pures par voie cutanée. Il est préférable de les diluer avec une huile végétale L’utilisation d’HEs pures pourra être envisagée pour certaines d’entre elles, considérées comme étant sans danger connu. Un test cutané est toutefois préférable pour prévenir toute réaction »

« Enfin, les HEs étant considérées par le consommateur comme bénéfiques par nature, l’effort devrait être fait sur l’information aux patients. Il doit être affiché des mentions de sécurité sur le conditionnement des HEs, et aussi sur les sites de ventes en ligne, où l’on trouve une plus grande variété d’HEs dont certaines soumises à la restriction de délivrance évoquée en première partie, et où elles y sont vendues sans conseil associé. »

« Au-delà du bénéfice procuré par les huiles essentielles, on peut toutefois se rendre compte qu’au fil des rapports mentionnés et des études analysées, il existait des risques qui, dans certains cas, pouvaient conduire à une issue tragique. »

« Dans la perspective d’une évolution des pratiques et des mentalités, il serait d’ailleurs nécessaire de multiplier les recherches sur le sujet. Celles-ci se révèlent, aujourd’hui encore, bien trop insuffisantes sur des points pourtant essentiels comme l’usage en thérapeutique, les posologies et la toxicologie. »

Il y a plein de descriptions, pleins de conseils d’usages dans cette thèse.

D’autres sites vont plus beaucoup plus loin dans la critique de l’aromathérapie : sceptiques.qc.ca/dictionnaire/aroma et charlatans.info/L-aromatherapie par exemple où l’on peut lire :

« son profil risque sur bénéfices n’est ainsi pas positif, ce qui veut dire qu’elle n’est pas recommandée en tant que traitement pour quiconque de malade. »

C’est assez péremptoire…

Un peu en complément sur le sujet, la note bd du pharmachien sur les produits naturels est très intéressante. Celle sur le rhume également.

J’ai l’impression qu’en fait, l’aromathérapie n’a pour l’instant été que très peu testée de façon fiable, c’est du moins ce que laisse entendre pleins de passages du rapport d’avril 2018, Aromathérapie scientifique en milieux de soins (177 pages) :

« Cependant, les durées de diffusion et les temps de contact couramment préconisés restent empiriques, du fait notamment des biais multifactoriels associés dans les études. Il conviendrait aujourd’hui de pouvoir définir, viades travaux d’analyses scientifiques rigoureuses, les temps de diffusion atmosphérique sécuritaires et restant thérapeutiquement efficaces, pour chaque HE à diffuser ou pour chaque type d’HE considéré (HE à phénols, HE à aldéhydes,…), tenant compte des profils biochimiques connus des HE et en fonction du volume de la pièce.  »

« Dans l’état actuel des connaissances, si ces concentrations dites douces455semblent souvent nécessaires, elles restent suffisantes cliniquement pour obtenir le bénéfice escompté. Prouver cette réalité constatée sur le terrain par les résultats cliniques favoriserait le bon usage et limiterait les coûts. »

« La valorisation de l’introduction de l’aromathérapie scientifique passe en partie par une évaluation médico-économique permettant l’identification objectivée d’une balance positive au profit de cette innovation thérapeutique. La littérature scientifique comporte à ce jour peu de travaux dans ce sens. »

« Ces résultats invitent à une grande prudence vis-à-vis de la diffusion des molécules volatiles. Dans le cadre d’un emploi raisonné, il conviendrait de reconsidérer à la baisse les temps de diffusion jusque-là empiriquement admis en attendant la mise en œuvre d’études scientifiques confirmant ces hypothèses. Il est fondamental aujourd’hui d’être capable de vérifier que la concentration de certaines molécules diffusées particulièrement ciblées (cétones, phénols, aldéhydes, monoterpènes parmi les plus courantes,…), se situe bien dans des fourchettes toxicologiquement acceptables et compatibles avec la thérapeutique »

Les retours d’expériences confirment ce que la revue de la littérature laisse transparaître en matière d’absence de réflexion consensuelle sur ce que recouvre l’aromathérapie scientifique,tant sur son fond que dans sa forme. Les facteurs d’influence identifiés ci-après objectivent en grande partie le défi croissant constaté en matière d’offres et de demandes ainsi que la nécessité de formaliser des garanties identifiables pour sécuriser l’usage scientifique des HE: essor de l’automédication au sein de la population française et du recours à des produits d’origine naturelle (en particulier des HE)dans l’objectif de rechercher une amélioration du bien-être, un soulagement des maux et/ou une guérison mais exposant, selon le niveau d’information reçue et le degré de vulnérabilité sous-jacent, à d’autres risques pour la santé…

En lisant ce rapport, qui semble à première vue, être un consensus d’experts, les preuves de bénéfices-risques de l’usage des huiles essentielles hors protocole hospitalier me semblent loin d’être aussi évidentes que ce que le suggèrent les livres que l’on trouve à Nature & Découvertes, les "bibles des huiles essentielles" ou le bouche à oreille… Si vous avez des informations complémentaires fiables, je suis preneur.

En tout cas, les gens ont tendance à faire un dangereux amalgame naturel=bon, je sais qu’il faut se méfier de cette idée.

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Complément juin 2019 :

On peut lire dans la conclusion du mémoire de M2 Master Ingénierie de la Santé de Justine MONVOISIN « L’aromathérapie dans les études cliniques − Quelles sont les preuves de l’efficacité de l’aromathérapie ? » soutenu en octobre 2017 :

Même si les HE font l’objet de plusieurs études in vivo, in vitro et cliniques, l’efficacité de l’aromathérapie n’est pas encore convaincante et reste à confirmer.