Jusqu’alors, l’acupuncture était pour moi à ranger dans la catégorie pseudo-science. Pour cela, je m’appuyais entre autre sur :

(lisez ces articles ils sont très intéressants !)

Mais il y a peu je tombe sur une interview de Caroline Barry, chercheuse et méthodologiste à l’Inserm, pour « Les idées claires » de Nicolas Martin :

Cette personne est plus compétente que moi pour juger de l’efficacité de cette technique, Nicolas Martin est quelqu’un que j’estime beaucoup, la façon dont l’acupuncture est présentée semble vraiment positive, que dois-je conclure ?

Il y a certains points soulevés ici que je suis incapable de contredire ou confirmer, je laisse donc passer, mais certains points me semblent toutefois bien étranges :

Tentative de compréhension

L’acupuncture est-elle efficace ?
Oui, il y a de très belles études scientifiques qui montrent une efficacité de l’acupuncture. Elle amène un soulagement à certains patients qui ont mal au dos, qui ont mal à la tête de façon extrêmement régulière, ou pour les nausées et les vomissements chez les patients en chimiothérapie par exemple.

Efficace, personne n’en doute. La façon dont la réponse est formulée ne permet pas de savoir si ce "efficace" correspond à "aussi efficace" ou "plus efficace" que les effets contextuels". On apprend donc rien ici. Mais cela laisse dans tous les cas une impression positive.

Est-elle plus efficace que la médecine pour certaines maladies ?
Il y en a très peu pour lesquelles l’acupuncture fait mieux que la médecine conventionnelle, mais il y a les lombalgies chroniques par exemple.

Et pourtant… la meta étude The effectiveness of acupuncture in treatingchronic non-specific low back pain: a systematicreview of the literature (doi:10.1186/1749-799X-7-36) conclut : « This review provides some evidence to support acupuncture as more effective than no treatment, but no conclusions can be drawn about its effectiveness over other treatment modalities as the evidence is conflicting » ce qui se traduit à la hâche « plus efficace que rien mais impossible de dire si c’est mieux qu’un placebo »

L’acupuncture est-elle efficace dans beaucoup de maladies ?
En général, dans la quasi-totalité des pathologies, il n’y a pas de données ou alors des données de très mauvaise qualité. Donc, sur la quasi-totalité des pathologies, on ne peut ni conclure que l’acupuncture est efficace, ni conclure que l'acupuncture est inefficace, il n’y a pas de données, on ne sait pas.

Pas de données ? Dans « Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture » de l’Inserm (et dont elle est auteur), on peut pourtant lire dès l’introduction page 2 : « L’évaluation des thérapeutiques dites "non conventionnelles" est en général rendue difficile voire impossible du fait d’un manque de données. Ça n’est définitivement pas le cas en ce qui concerne l’acupuncture. Plusieurs milliers d’essais sont disponibles dans un grand nombre d’indications. Les revues synthétiques de la littérature et autres méta-analyses réalisées sur le sujet se comptent également par centaines ». On ne peut donc pas vraiment dire qu’on manque de données. On peut conclure que toutes ses données sont de mauvaise qualité, certes, mais cela indique peut-être que les acupuncteurs ne souhaitent pas vraiment savoir…

Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’essais cliniques ?
Le moteur principal, c’est l’argent. L’industrie pharmaceutique peut se permettre d’évaluer des médicaments, parce qu’elle a déjà des médicaments qui lui rapportent de l’argent et parce qu’elle sait qu’elle va rentabiliser. Les acupuncteurs n’ont pas la force monétaire suffisante pour faire de nombreux essais thérapeutiques. L’État non plus ne peut pas se permettre d’évaluer toutes les pathologies en acupuncture. Après, il y a des difficultés méthodologiques qui sont importantes comme le fait de devoir mesurer l’effet placebo ou le fait que le traitement soit individualisé. Ce sont des difficultés méthodologiques mais elles sont surmontables et on peut mesurer l’efficacité de l'acupuncture par un essai clinique.

Dès que l’on fait appel à l’argument "big pharma", j’ai tendance à me méfier. Quand je vois tout l’argent que dépense Boiron et consorts en communication pour ne pas perdre le remboursement par la sécurité social, j’ai tendance à croire que les acupuncteurs auraient tout intérêt à établir les preuves d’une efficacité supérieure aux effets contextuels pour avoir droit au précieux remboursement. Page 26 de l’évaluation de l’Inserm citée précédemment on lira tout de même « Les publications médicales et scientifiques en acupuncture sont très nombreuses ; le volume annuel des publications ayant suivi une très forte progression sur les quarante dernières années » ce qui entre un peu en contradiction avec le message… D’ailleurs on peut également lire « Fin 2013, Medline, base de référence pour les travaux de recherche d’audience internationale dans le domaine biomédical, référence 16609 articles avec le Terme Mesh "Acupuncture" dont plus de la moitié (9505/16609) ont été publiés depuis 2000 ». On semble quand même très loin de "force monétaire insuffisante"…

Quels sont les effets indésirables ?
Les effets indésirables dans le contexte français, il y en a très peu parce que l’acupuncture est bien intégrée au système de soins donc elle est effectuée par des médecins dans des conditions de stérilité qui sont correctes. En France aussi, il y a peu d’échappement aux soins en acupuncture. Le danger maximum d’échappement aux soins c’est dans le cas de cancers. Comme il y a beaucoup de centres de cancérologie qui offrent des traitements complémentaires, les patients ne vont pas sortir du centre pour faire de l’acupuncture, ils vont le faire à l’intérieur donc ça les aide à subir les effets indésirables sans échappement aux soins.

La formulation laisse penser que l’acupuncture est très sûre et présente très peu d’effets indésirables… Pourtant, dans Quand l’aiguille d’acupuncture atteint le poumon on peut lire un tout autre constat, qui est assez effrayant d’ailleurs ! Je ne peux pas dire si le nombre de cas est très important mais ceux-ci ne sont pas négligeables et sont assez graves ! Éluder ces problèmes est une façon très discutable de laisser une impression très positive qui me semble assez partiale ici…

Conclusion

Comme Caroline Barry connaît bien mieux que moi son propre rapport, je peux supposer que je suis victime d’un cherry-picking lié à un biais de confirmation. Je veux donc bien augmenter mon curseur de plausibilité pour cette pratique mais je n’y aurai pas recours pour l’instant car l’acupuncture a tellement de prétentions, revendique tellement de capacités, sans s’appuyer sur des faits ou continuant malgré les contre-preuves, qu’il m’est impossible de savoir quels cas sont vrais et ont un ratio bénéfices/risques positif. Disons, que je ne considère plus l’acupuncture comme une pseudo-science, elle passe au statut de   potentielle technique de soin alternative ayant du mal à démontrer une efficacité supérieure à l’effet placebo mais tentant parfois d’y travailler selon des normes scientifiques convenables, s’appuyant sur de vieilles croyances ésotériques dont elle aurait tout intérêt à se débarrasser et nécessitant un gros nettoyage de prétentions. C’est déjà ça…


Mise à jour 30 juin 2019 : Suite à ma lecture de https://twitter.com/CitronAlcalin/status/1133734112198615041, je ne sais plus trop quoi penser, je suspends mon jugement.